 Lors de la conférence TAO du mercredi 20 février, Jakez Bernard, producteur et dirigeant de la société quimpéroise L abel Production, est venu nous expliquer les nouveaux enjeux de la production musicale, secteur en révolution depuis l’avènement d’Internet.
Premier constat : le marché du CD recule.
En 2007, le marché du disque a reculé de 25% en France et de 4 à 6% en Bretagne.
Les maisons de disques avancent deux principales raisons. Tout d’abord, l’apparition de nouveaux supports comme le .mp3, le .mp4 ou le .wma entraîne un essor du téléchargement légal mais surtout illégal qui nuit à l’attractivité du CD.
A cela, il faut rajouter le prix élevé du disque qui pousse les consommateurs à refreiner leurs achats. Le déclin des ventes incite, aujourd’hui, les producteurs à trouver des alternatives comme la mise en place de plate-formes de téléchargement légal et payant sur leurs propres sites internet.
La scène et internet privilégiés par les artistes.
De nos jours, un artiste utilise davantage la scène pour promouvoir ses créations et faire tourner son entreprise. Le spectacle vivant devient la vitrine des musiciens et les tournées contribuent, plus que jamais, à la vente des disques.
Pour se faire connaître, les artistes choisissent de figurer sur Myspace, ou sur des sites dédiés, pour toucher directement leur public.
La production bretonne résiste.
La production bretonne est la seconde en France, derrière celle de la région parisienne. Elle résiste bien à l’effritement du marché du disque. La raison invoquée par Jakez Bernard est la suivante : « en Bretagne, il y a moins de compilations, de re-compilation : la production s’appuie davantage sur la création ». La musique bretonne a connu un véritable essor avec « l’Héritage des celtes » de Dan Ar Braz, vendu à plus d’un million d’exemplaires. Même si, sur le plan mondial, la musique irlandaise reste le leader incontesté, des artistes bretons comme Denez Prigent ou encore Alan Stivell peuvent acquérir une notoriété internationale. Pour Jakez Bernard : « on peut mieux faire, saisir davantage d’opportunités ». Il déplore : « Denez Prigent a réalisé la bande originale du film Le faucon noir de Ridley Scott. Sa musique a été plébiscitée par le public, cependant aucune promotion n’a été assurée ; les retombées internationales ont été quasiment nulles pour l’artiste ».
Et Jakez Bernard de conclure : « on constate que la majeure partie des producteurs cherche, en premier lieu, à faire du profit. Ils négligent donc, souvent, le côté créatif d’un artiste pour sortir des produits « marketing ». Privilégier l’inventivité des artistes peut donc être la réponse à la baisse des ventes de disques : le public devrait applaudir ces nouvelles orientations !
Biographie de Jakez Bernard :
Après des débuts comme ingénieur du son, Jakez Bernard devient producteur pour la télévision en 1988, avant de revenir à ses premières amours, la musique. Il ouvre sa propre boîte de production en 1994. Membre de Produit en Bretagne, Jakez Bernard est le producteur de Gilles Servat, des Frères Guichen et du Bagad d’Auray. Il fut aussi le producteur de l’Héritage de Celtes. Sa société de production Label Productions est installée à Quimper.
Sophie CONAN
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